REVUE – Dans une société où les questions de genre et de races sont toujours d’actualité, plusieurs femmes noires se lèvent pour exprimer leur revendications féministes et affirmer leur identité raciale sur le web. Un unique combat réunit ces deux causes à l’ère numérique : l’afro cyber féminisme. Artistes, docteures, blogueuses, autrices, personnalités médiatiques, elles œuvrent chacune dans leurs domaines de prédilection pour lutter contre les discriminations racistes et sexistes.
L’afro cyber-résistance de Tabita Rezaire
L’artiste franco-guyano-danoise Tabita Rezaire réalise des vidéos et oeuvres numériques mettant en scène la race et la féminité tout en explorant les constructions du pouvoir sur Internet mais aussi en dehors. Dans cette vidéo elle présente ses recherches sur le concept d’afro cyber-résistance qui dénonce un Internet occidentalo-centriste avec des récits dominants «blancs-suprémacistes-patriarcaux-cis-hétéro-globalisés».
Regardez Afro cyber resistance, avec Tabita Rezaire (en anglais) :
Tabita Rezaire, AFRO CYBER RESISTANCE, 2014 from Goodman Gallery on Vimeo.
Elle oeuvre ainsi pour la guérison numérique qui passe par la cyber-résistance ou une décolonisation d’Internet. D’après elle, l’art peut guérir à la fois l’artiste et le spectateur. Le travail de Rezaire souligne l’omniprésence du colonialisme et de ses effets sur l’identité, la technologie, la sexualité, la santé et la spiritualité. Tabitha Rezaire est aussi membre fondatrice du groupe d’artistes NTU qui propose une thérapie décoloniale à l’ère numérique.
Kiyémis, une “afropéenne” qui fait du bruit
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle n’a pas froid aux yeux quand il s’agit d’exprimer ses opinions politiques. Agée de 22 ans, la jeune Kiyémis n’a pas peur de dire les vérités qui fâchent, quitte à créer la polémique. Omniprésente sur les réseaux sociaux, Facebook, Twitter, Instagram, elle est plutôt grande gueule, et c’est avec beaucoup de ferveur qu’elle défend sa position de femme «afropéenne» au sein d’une société française où il est encore nécessaire «d’abolir des systèmes de pensées racistes, sexistes et classistes». Auteure, bloggeuse et militante, Kiyémis endosse plusieurs casquette au service d’une seule cause : la dignité de la femme noire, car selon elle «parler de l’oppression des femmes noires, c’est parler de l’oppression de l’humanité».
Et lorsqu’elle se lâche sur Facebook, elle n’y va pas de mains morte :
Découvrez aussi toutes ses actualités et son blog : https://lesbavardagesdekiyemis.wordpress.com/
Black Panther : femmes noires dans le monde cyber
Black Panther est devenu un héros ultra populaire parmi les Avengers aux côtés des Captain America, Thor, Iron Man, Hulk et compagnie… Ce que Black Panther a de particulier : il vient du Wakanda (royaume ficitif) en Afrique. Là-bas, les femmes occupent des postes à responsabilités. La garde royale est exclusivement féminine. Loin des clichés «girly», ce sont des héroïnes courageuses. Dans la société civile, les femmes jouent les premiers rôles pour la gestion des ressources naturelles et surtout dans le secteur de la recherche et de la haute technologie. Le Wakanda est un monde fictif certes, mais l’Afrique et les femmes y sont représentés sous un angle positif peu habituel qui nous pousse à nous interroger sur la situation actuelle du continent.
Voici Shuri en images :
Bien qu’il ne soit pas réaliste, le genre de la science fiction peut s’avérer être un vecteur puissant de changement social par sa capacité à impacter les imaginaires et à proposer des réalités alternatives. Avec le film Black Panther, la cause afro cyberféministe gagne une référence importante dans la pop culture et le cinéma contemporain. Soeur de T’Challa, roi du Wakanda, l’emblématique Shuri est un personnage qui incarne parfaitement
A lire aussi, l’article Black Panther : une oeuvre résolument féministe
Fatoumata Kebe et les femmes dans l’espace
Docteure en astronomie à l’université Paris 6 Pierre et Marie Curie, Fatoumata Kebe a achevé un cycle de recherche de 4 ans sur les trajectoires des débris spatiaux. C’est une pionnière dans l’univers de l’astronomie qui reste exclusivement féminin.
Son association Ephémérides souhaite rendre l’astronomie accessible au grand public et aux futurs scientifiques en herbe. Elle fait également partie de deux associations qui militent pour favoriser les carrière des femmes dans les filières scientifiques, Femmes et Sciences et Women in Aerospace. Dans son Ted Talk elle parle de la pollution de l’espace par l’homme et propose de nettoyer ces débris spatiaux en envoyant des machines spécifiques.
Voir le Ted Talk “Le ciel est un menteur” de Fatoumata Kebe :
A voir aussi : Woman in Aerospace et Femmes et Sciences
Arte aussi s’intéresse à l’afro féminisme
Présenté par Charlotte Bienaimé, l’émission Un podcast à soi est le rendez vous de tous les premiers mercredis du mois sur la web radio d’Arte, pour parler féminisme, questions de genre et égalité homme/femmes. Dans cette épisode on voyage entre les Etats-Unis et la France au milieu des luttes du «black féminisme» . La parole est donnée aux femmes noires qui ont accepté le challenge de se lever pour prendre la parole. Parmi elles, plusieurs leadeuses, plusieurs personnalités inspirantes dont Sandra Sainte-Rose, Audrey Warrington ou encore Diariatou Kébé qui incarne un afro-féminisme à la française. Un podcast à la fois puissant et émouvant !
Ecouter le podcast Arte, Les Flamboyantes afro féminisme (auteures) :
Le manterrupting selon Rokhaya Diallo
Nous n’avons pas fini d’entendre parler de la journaliste Rokhaya Diallo. Ses déclarations et prises de positions soulèvent de nombreuses polémiques ce qui en fait la cible de menaces, de harcèlement et d’insultes publiques à la fois racistes et sexistes.
Proche des mouvement afro-féministes et du féminisme intersectionnel, Rokhaya Diallo sait remettre à sa place les hommes qui ne lui laissent pas en placer une dans les nombreux débats TV auxquels elle participe.
Cette vidéo illustre son propos en montrant que les femmes sont souvent victimes de manterrupting quand les hommes monopolisent la parole et interrompent celles des femmes.
Voir Qu’est ce que le manterrupting ? par Rokhaya Diallo
>> Ecouter aussi le podcast Kiffe ta Race de Rokhaya Diallo
Janelle Monae, artiste afro féministe et futuriste
Sorti en Avril 2018, Dirty Computer est le quatrième album solo de Janelle Monae. Inspirée par la science fiction, la chanteuse nous emmène dans un univers afro-futuriste totalement novateur. Sur des mélodies mêlant plusieurs genre musicaux, de la pop mainstream actuelle à la funk des années 70 en passant par le rap et le rn’b, Janelle Monae affirme sa position d’artiste engagée en tant que : femme, noire et bisexuelle. Elle s’inscrit dans un afro-cyberféminisme aux contours futuristes et sexuellement libéré.
Ecouter son album Dirty Computer :
Avec Dirty Computer, la chanteuse ne traite pas d’une période lointaine mais bien d’un avenir proche. Le scénario est le suivant : dans un futur imminent aux états-Unis, le régime totalitaire considère les êtres humains comme des ordinateurs dont il faut nettoyer la mémoire. Après un formatage des esprits, les humains sont rebaptisés par un numéro (Janelle Monae dans le rôle de Jane 57821) et fonctionne comme des machines. Ce scénario apocalyptique sert de métaphore pour critiquer l’Amérique actuelle de Trump. Ses chansons dénoncent clairement les inégalités dont sont victimes les Noirs, les femmes et les minorités sexuelles. Militante au sein du mouvement Black Lives Matter, Janelle Monae signe une oeuvre témoignant d’une société troublée où le racisme, la misogynie et l’homophobie sont monnaie courante.
David Mabiala et Sheima Abdullah
